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 Chien-Noir - Hari Rud

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Antonio Velasco

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Nombre de messages : 11
Age : 30
Date d'inscription : 01/02/2007

MessageSujet: Chien-Noir - Hari Rud   Ven 2 Fév - 12:36

Chien-Noir


Chien-Noir maintenait le tison au niveau de la cheminée, de manière à raviver la flamme. J'étais ligoté, bâillonné sur une chaise et tous mes efforts pour me défaire de ces liens étaient vains. Toute mon attention se portait désormais sur la flamme qui m'est destinée. J’étais face au plus habile et cruel tortionnaire du grand port de Rotterdam, effrayé comme une grenouille pendant une expérience nerveuse électrifiée.

« Tu croyais quand même pas que t'allais me doubler ? » dit-il en approchant dangereusement le tison de la plante de mon pied gauche, nu. Je reculai d'un petit bond de chaise.
« Je n'ai jamais voulu de faire de mal mais tu dois comprendre que je dois le faire. Chez nous les mutins sont condamnés à mort. Je n'en tire aucun plaisir. » Chien-Noir mentit mais ce n’était pas le moment opportun pour lui faire remarquer.
« Le pirate est un homme d'affaire. Le système repose sur la confiance. Je dois avant tout être crédible. » Cette fois-ci le tison a touché mon pied. Hurlement soudain. Ça me rappelle Touffu après avoir renversé la fiole de nitroglycérine. Pauvre petit chaton ! Alors qu'il s'approchait, on entendit dans la pièce d'à côté la grande fenêtre qui claque. Un pigeon messager venait d’arriver. Je pouvais profiter de cinq minutes d’accalmie devant moi. L’air qui entrait me fit retrouver un peu de ma lucidité. J’avais cinq minutes pour remettre le déroulement des événements dans l’ordre. Ensuite, je dirais tout à Chien-Noir. Mais pour tout raconter, mieux valait encore commencer par le début.

Mes ennuis ont commencé dans l’auberge du Galion Rouge, où traînaient marins et commerçants de mauvaise réputation. Ici, on me paierait pour calmer mes pulsions sexuelles, meurtrières et cleptomanes, quoique j’ai un léger doute sur l’ordre. Je m’assois sur une chaise bancale et j’attends la Fouine avec un verre de vieux rhum coupé avec du sirop de sucre de canne. Je patiente quelques minutes, le temps de me remémorer une chanson.

Il arrivera La Fouine,
Avec du travail pour moi.
Donne-moi de la mort fine,
Du larcin et de l’effroi.

Il arrivera la Fouine,
Avec une réserve d’oseille,
Et un travail de vermine.
Qui veut du miel doit affronter les abeilles !

« Hari Rud, j’ai du travail pour toi. » me dit La Fouine en me tendant une lettre.

La Fouine,
Je voudrais pérenniser mes agissements de commerçant. Demain lors du second quart de nuit, le Morse devrait mouiller dans le grand port. Il contient une centaine de livres de ce chanvre indien dont est si friande notre jeunesse. Figurez-vous que les jeunes hommes hollandais corrompus par moi-même se réunissent au cours de messes noires où ils font tourner leur pipe de chanvre dans des incantations décadentes. Je préfère de loin l’alcool mais je compte bien développer la dépendance que contracte la population envers cette plante. Nous pourrions en tirer grand profit. Henri van Laart, de la douane, sera cette nuit au grand port pour réceptionner la cargaison. J’ai généreusement arrosé le reste des douaniers qui n’interviendront pas tant que l’ordre est maintenu sur le port. J’ai besoin d’un homme qui puisse seconder Van Laart. Il doit avoir assez d’éducation pour peser et décompter la cargaison. Trouve-moi un homme de confiance !

Chien-Noir
PS : Détruis cette lettre après que mon futur employé l’ait lue.

Ça manquait un peu de mordant, mais vu la prime que me promit la Fouine, j’acceptais. Je comptais bien m’en fumer un petit, au passage ça me détendrait. La Fouine me fit signe, et j’avalais cette lettre d’une bouchée : je regrettais lorsque je réalisais que Chien-Noir avait signé de son sang.
Je reconnus rapidement Van Laart, aussi bien équipé qu’un cleptomane dans une armurerie. Nous nous présentâmes, il me fit signe de le suivre et de monter sur le Morse. Nous fûmes accueillis par le capitaine, qui dit s’appeler Jacques le Matelot. Jacques le Matelot mon cul, oui ! C’est l’infâme Jack the Hammer à qui l’on avait affaire, qui arbore fièrement un tatouage « Sex, Rhum and Calypso », très tendance chez les pirates. Il n’y a que Henri Van Laart pour se laisser berner. En mon for intérieur, je me dis qu’on aura peut-être droit à un peu d’action. Pour l’instant tout se passe comme prévu : 80,…, 98, 99, 100 livres. Le compte est bon. Un Hollandais nommé Ked qui semble avoir déjà goûté la marchandise m’aide à transporter les sacs sur le quai. Là, entre Jack et Van Laart, la discussion s’envenime. Van Laart ne veut pas payer tant que toute la cargaison n’est pas sur le quai. Jack the Hammer agrémente Van Laart de jurons dignes du capitaine Haddock et que malheureusement mon éducation m’interdit de répéter ici. Van Laart le défie en duel et signe là son arrêt de mort. Jack the Hammer, dans son style caractéristique, évite le fleuret adverse et gratifie Van Laart d’une prune en pleine poire suivi d’un coup de dague dans les burnes. La suite du combat fut tout aussi terrible et nous montra que Van Laart, paix à son âme, était bien un homme, doté de ce qu’on appelle couramment dans le jargon scientifique une trique de première catégorie. Ça me rappelle mon bon vieux chat Touffu, paix à son âme à lui aussi ! C’est alors que Jack the Hammer m’adressa la parole :
-Veux-tu te battre, toi aussi, Hari Rud ?
-Non, mais pour quelques livres de marchandise, je saurai fermer les yeux.
Ni une, ni deux, Jack s’adonne à son exercice favori de brutalisation, dont je suis ici la victime, me rappelant au bon souvenir de expériences que je menais avec Touffu. A ma décharge, les substances que j’avais partagées avec Ked m’ont quelque peu desservi.
Je gisais donc sur le quai, à moitié assommé. Sur le Morse, l’équipage hissa le pavillon noir en lieu et place de l’étendard britannique qui trompa Van Laart. Le navire s’éloigna dans la brume et je m’endormis. Je me souviens d’un chant qui berça mon sommeil jusqu’à mon réveil, dans l’antre de Chien-Noir le Cruel.

Mes frères mutins,
Tous au gaillards d’arrière.
Egorgeons ces catins
Le capitan et son beau-frère !

Ces officiers sont couards,
Pendons court ces puceaux.
Hissons haut le pavillon noir,
Sex, Rhum and Calypso !

Mes frères mutins,
Tous au gaillards d’arrière.
Egorgeons ces catins
Le capitan et son beau-frère !

Nous voguerons sur les sept Mers
Sur les cinq Océans rebattus
De la Nouvelle-Angleterre
Jusqu’à l’île de la Tortue.

Chien-Noir détacha le papier attaché au cou du pigeon. Il s’en saisit et je distinguai clairement le sceau des pirates, la sinistre tête de mort. Chien-Noir devint aussi blanc qu’un bon muscadet. Jack the Hammer y était aller de son petit mot, ce qui laissait à Chien-Noir une espérance de vie d’à-peu-près une nuit. Le mot glissa des mains de Chien-Noir et, à l’inverse de la tartine, tomba du bon côté, à savoir celui que je pouvais lire.

Mes frères mutins,
Tous au gaillards d’arrière.
Egorgeons ces catins
Le capitan et son beau-frère !

Jack the Hammer

Hari Rud le 15 février 2006.

Le souterrain de velour


« Fidèle à son rôle de leader économique du monde connu, la République de Hollande a une nouvelle fois fait grand bruit en mettant en place une politique interventionniste de relance du marché intérieur et de lutte contre la criminalité. Parmi les mesures les plus spectaculaires, la nationalisation des maisons closes fait suite à la récente légalisation de plusieurs drogues, parmi lesquelles le chanvre indien. Selon le spécialiste financier Piet Heyn, « Ces mesures vont permettre de comptabiliser dans la propension à consommer certains secteurs de l’économie qui font largement partie de nos coutumes locales. Couplé avec une politique de relance agressive, le retour sur investissement sera multiplié par le facteur keynésien, somme de termes d’une suite géométrique de raison... »

« Par Sainte-Lydie, patronne de la lingerie fine parisienne, c’est un coup dur pour nos affaires ! », s’écria Couskou Van Haecken en jetant le Corsaire Economique de rage sur la table de l’auberge du Galion Rouge.
Quoique je ne puisse me permettre d’explorer de telles extrémités du langage, il fallait bien avouer que c’était du touchage de gland caractérisé. Les secteurs de la clandestinité, qui représentaient le gros de notre marché, nous étaient simplement retirés. Affaire d’état. La République de Hollande ferait notre boulot à notre place, voilà le deal, et on ne nous laissait pas le choix. Loup Rid, un maquereau local, participait activement à la conversation ; le pays s’était approprié son établissement, le Souterrain de Velours, pour quelques pièces d’or et quelques passes gratuites.
« Ces mesures sont catastrophiques pour nos activités. A force de répéter que nous ne sommes que des hommes d’affaires, ils ont fini par nous prendre au mot. Ils savent prendre leurs précautions pour m’empêcher de me mêler de la gestion du Souterrain de Velours. Je ne peux jamais communiquer avec les filles de joie, qui n’ont accès à la caisse que par l’intermédiaire d’hommes de main peu recommandables. Ils veulent éviter toute ingérence de ma part. C’est à peine s’ils m’ont laissé me servir des toilettes aujourd’hui. Je me vois forcer de, comment dire, délocaliser mes activités vers le Nouveau Monde, je pars dès demain matin à bord de l’Ergol. » Loup Rid avait déjà réfléchi à la question.
Après nous avoir racontés quelques anecdotes à l’authenticité douteuse, il distribua gracieusement des passes gratuites autour de la table.

Une fois n’est pas coutume, je sortis de cette taverne en sachant ou je dormirais la nuit. D’épais nuages cachaient les trois quartiers lumineux de la lune, et déversaient sur le port une pluie de chats et de chiens, selon l’expression consacrée. Le Souterrain de Velours était une maison close huppée que Loup Rid avait dû vendre à regret et surtout à perte. Même le malabar qui m’accueillit arborait fièrement le sourire commercial en plus de son sabre long et droit dissuasif. Il mit en évidence son arme quand il reconnut en moi l’assassin de Chien-Noir, s’il savait ! Quant aux grands yeux noirs de Lady Shadow, un seul regard leur suffit à saturer mon sang en testostérone et à m’entraîner dans son antre. Dans un processus de sélection artificielle à faire pâlir le jury du concours d’entrée à l’école des gentilshommes de Buckingham, ne pouvaient accéder à la chambre de Lady Shadow que les plus riches d’entre nous, ou les amis de Loup Rid. Et à en juger par ces formes épanouies et ces courbes gracieuses, il ne s’était pas foutu de ma gueule en m’offrant une nuit au Souterrain de Velours. « Si en tout homme il y a un buveur de bière qui sommeille, ça ne l’empêche pas de se réveiller quand il a envie de pisser. », ne cessait de répéter Tonton René. J’ouvris ainsi l’œil à l’aube. J’étais seul dans le lit de Shadow, dont la place, vide, était encore chaude des ébats de la veille. Un éclair de lucidité plus tard, je me dirigeais vers les latrines qui jouxtaient la chambre, dans le couloir. Là, assis sur le trône, je m’amusais de quelques inscriptions laissées sur les murs par quelques plaisantins à l’esprit affûté.

L’Ombre ira droit au Centaure
Au cinquième coup dans la nuit,
Lui offrira une goutte d’or
Afin qu’il nous ouvre l’étui !


La lumière de la raison vint à nouveau éclairer mon esprit. Je n’étais pas dans un vulgaire bar à putes, avec lits qui couinent, ivrognes et graffitis dans les toilettes. Non, ces mots devaient avoir une signification. C’était en fait le plan machiavélique orchestré par Loup Rid qui était là, exposé devant mes yeux. Que lui manquait-il pour braquer le Souterrain de Velours avant de partir ? Le coffre bien sûr, bien trop massif pour être transporté, et bien trop perfectionné pour être ouvert sur place. Il devait attendre le moment opportun, l’instant précis où une fille de joie, Lady Shadow par exemple, viendrait déposer à la caisse l’or récolté pendant l’étreinte. Aussi ce message de Loup Rid prévenait Lady Shadow de l’heure à laquelle agir. L’Ombre, Shadow, devrait déposer de l’argent à cinq heures du matin, et surtout faire ouvrir le coffre à sa demande. Un homme de main de Loup Rid viendrait mettre hors d’état de nuire Monsieur Malabar dès qu’il aurait ouvert le coffre. Le plan était tordu, je vous l’accorde, et ce n’est pas sans un soupçon de paranoïa que je le déjouai. Des bruits de combat s’échappèrent du rez-de-chaussée. Le tapage ne faisait que commencer.

Dès que je fus en tenue décente, je me précipitai vers l’épicentre. Là, mon cerveau encore fumant aligna les prises d’information. Si mes hypothèses étaient bonnes, l’oscillation de la porte d’entrée autour de sa position fermée indiquait que Lady Shadow et son complice venaient de s’enfuir. Mieux encore, Monsieur Malabar se relevait à peine d’une torgnole dans la tête, la lèvre inférieure en sang. Il m’assena un regard agressif qui montrait qu’il avait à cœur de se venger. Comment devais-je agir ? Le raisonner ? Lui dire que c’était un malentendu, que dans cette histoire, je n’étais que le dindon de la farce, le pigeon pigeonné, le chat grenouille borgne et boiteux que l’on égorgerait à la moindre suspicion de grippe aviaire ? Non, aussi et vaste et profonde que soit notre science, nos politiques économiques, il y aurait toujours, au socle de la pyramide, un combattant crapuleux, un homme de main dont on exploiterait la folie meurtrière. Monsieur Malabar était de cette espèce, il méritait que je le considère comme tel. Ma gorge était desséchée. Une soudaine montée d’adrénaline. Mon pouls battait au rythme minimaliste de percussions tribales Incas. Tout semblait indiquer que je devais tuer, ou mourir.
&nbspD’un geste brutal, Monsieur Malabar sortit son sabre de son fourreau et livra le premier assaut. Je dégainai mon fleuret et déviai d’une touche le sabre tranchant de sa mortelle trajectoire. Sans plus attendre, il porta l’estocade. J’esquivai de peu mais son arme rompit la parfaite symétrie de ma pilosité avant de s’enfourcher dans le bois du comptoir. Je ne lui laissai pas le temps de l’enlever : j’enfonçai un gros quart de ma lame dans sa tempe. Le contact du métal froid avec le corps organique provoqua le regard dégoûté de Monsieur Malabar, qui s’effondra sur le sol de toute sa masse. Sa blessure débitait un flot de sang gras et visqueux que j’observais former une flaque par quelque subtil mécanisme. Mes contemplations furent brusquement suspendues par le bruit d’une balle qui eut le bon goût de m’éviter. Une demi-douzaine de gardes avait accouru, attirés par le tapage matinal. Pris en flagrant délit, je pris la poudre d’escampette par la trappe située à l’arrière du hall d’entrée. Le Soleil n’était pas encore très haut sur le port, néanmoins suffisamment pour m’aveugler. Je décampais ainsi sans direction précise, tentant de garder la distance avec mes poursuivants. Que l’on me pardonne le blasphème, je fuyais plus vite encore que Seigneur Jésus courant sur un lac dynamité ! J’aperçus alors l’Ergol, dont l’équipage larguait les amarres. Le destin avait choisi pour moi la seule issue acceptable. Je redoublais d’effort pour atteindre le navire avant qu’il ne parte. Un bond vigoureux me propulsa du quai sur le pont de l’Ergol, où je repris lentement mes esprits.
&nbspJe prenais le large, dans tous les sens du terme, accompagnés des enfants de putain et des crapules fauchées embarqués sur le navire. Mes poursuivants, bloqués à terre, n’en menaient pas large, ah ah. Je laissais là, sur le port, de grands dangers, mais j’allais au devant de plus grands encore. La lune du matin pointait le bout de son nez.

Hari Rud le 28 mars 2006.
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