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 Inge Vandenlolo - Le rivage de Liberty

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Antonio Velasco

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MessageSujet: Inge Vandenlolo - Le rivage de Liberty   Ven 2 Fév - 12:31

Le rivage de Liberty


Le soleil brillait et le vent soufflait avec constance, salués par les chants des marins de la Goede Charlotte.

Ce fut au milieu de ces chants que les deux passagers du galion émergèrent à l’air libre. Le premier, grand et d’une sombre beauté, arborait un habit de velours fin et un ruban de soie blanche retenait sa longue chevelure noire ; cependant, c’était la fierté de son regard qui indiquait à coup sûr qu’il appartenait à la plus haute noblesse.

Le second, un petit homme roux et mince, presque perdu dans sa longue bure de moine, considérait les alentours avec méfiance et un certain malaise.

“Monsieur ... hasarda-t-il à l’adresse du premier. Je ne sais pas si c’est une bonne idée de monter sur le pont ... Faites ce que vous voulez, mais pour ma part, je voudrais retourner à l’intérieur et à mes prières ...”

Son interlocuteur se retourna vers lui.

“Tes prières ?... Je ne m’y connais guère en religion, mais il y a au moins une chose que je sais : c’est qu’aucun moine ne prie la tête renversée au-dessus du vase de nuit. À moins que je ne me trompe ?”

Il se mit à rire et l’autre baissa les yeux en rougissant.

“Viens plutôt prendre l’air, frère Marcus, reprit le gentilhomme. La brise et les chants de marin te feront plus de bien que les planches humides de la cabine.”

Frère Marcus acquiesça sans conviction et, voyant son compagnon s’appuyer au bastingage, se décida à en faire autant. Le gentilhomme s’appliquait à fixer jusqu’aux larmes la ligne d’horizon. Le moine chercha en vain à croiser son regard puis, se rendant compte que c’était impossible, se décida plutôt à engager de nouveau la conversation.

“Vous sentez-vous bien, monsieur ?"

-"Je me sentirai mieux quand nous aurons atteint cette île.” Le moine hocha silencieusement la tête. C’était la réponse habituelle du gentilhomme, et il était généralement inutile de lui en demander plus. Mais cette fois, l’homme tira de sa chemise un médaillon en or qu’il ouvrit en y jetant un regard mélancolique.

Le regard de frère Marcus fut attiré par ce bijou. Il en connaissait l’existence, mais il ne l’avait encore jamais vu de près, et encore moins son contenu. Il se hasarda à se glisser derrière son maître et jeter un coup d’oeil à l’objet.

Il contenait le portrait d’une jeune femme blonde aux yeux sombres, au regard fier et d’une grande beauté. Une noble hollandaise, sans aucun doute. L’espace d’un instant, frère Marcus regretta son voeu de célibat et souhaita savoir qui était cette jeune femme.

“Inge Vandenlol"o, dit le gentilhomme comme s’il avait deviné les pensées du moine.

-"Je suppose que c’est ..."
-"Tu supposes bien.”
L’événement amena les deux hommes à se remémorer ce qui les avait conduits à bord de la Goede Charlotte. Tout avait commencé quand deux des plus nobles familles de Hollande, les Vandevaal et les Vandenlolo, avaient pris la décision de marier leurs deux benjamins, Gabriel Vandevaal et Inge Vandenlolo. L’affaire semblait aller pour le mieux, jusqu’à ce qu’un matin, les Vandenlolo découvrent la fuite de leur fille. Celle-ci expliquait dans une lettre qu’elle préférait partir plutôt qu’épouser un homme qu’elle n’avait jamais vu, et à la place de sa fiancée, Gabriel n’avait reçu qu’une miniature.

En y repensant, il eût peut-être mieux valu que ce portrait n’arrivât jamais entre les mains de Gabriel, car sa seule vue avait suffi à faire comprendre au jeune homme qu’Inge Vandenlolo était la femme de sa vie. Il avait alors réussi à découvrir pour quelle destination elle s’était embarquée, avant de suivre le même chemin. Il avait emmené avec lui frère Marcus, l’un des fils de l’intendant du domaine Vandevaal, qui avait été son camarade de jeu avant d’entrer au séminaire.

Le moine tout fraîchement ordonné n’était toujours pas enthousiasmé par le voyage. Détournant le regard du portrait d’Inge, il se força à observer l’horizon tandis que Gabriel rangeait soigneusement son médaillon.

“Navire à babord !” cria soudain la vigie.

Les deux passagers tournèrent la tête et essayèrent d’apercevoir le navire. Celui-ci ne représentait guère pour l’instant qu’une tache sombre et lointaine.

“C’est un navire pirate !” ajouta l’homme du haut de son poste d’observation.

Ces quelques mots suffirent à déclencher la panique dans l’équipage. Les chants s’arrêtèrent net et les marins se mirent à courir frénétiquement sur le pont.

“Tout le monde à son poste ! tonna la voix du capitaine de la Goede Charlotte. Hissez les voiles ! Canonniers, à vos pièces !”

Les ordres du capitaine furent vite exécutés, tandis que le seul maître à bord après Dieu s’avançait vers ses passagers.

“Messieurs, dit-il, un navire pirate s’approche de nous. Nous ne sommes plus très loin de l’île de Liberty ... Si vous le désirez, nous allons mettre un canot à la mer du côté opposé aux pirates et vous devriez gagner l’île sous le couvert de la Goede Charlotte ...”

Gabriel Vandevaal coupa court aux dires du capitaine d’un geste de la main.

“Il n’est pas dans nos coutumes de fuir, déclara-t-il. Vous me voyez prêt à vous aider à défendre votre navire. Je suis un soldat, que diable !”

Frère Marcus se signa machinalement devant le juron de son compagnon, avant de prendre timidement la parole à son tour.

“Je ne suis pas un soldat, moi, monsieur ... Et la solution du canot me semble une très bonne idée pour moi, sans vouloir passer pour un lâche ...”

Le gentilhomme le considéra un instant avec un regard que le moine ne comprit pas. Et il fut très surpris quand Gabriel posa la main sur son épaule.

“Pauvre Marcus, je te comprends. Je ne veux pas t’obliger à risquer ta vie dans une bataille. Va, prends le canot et je te rejoindrai quand ce sera terminé.”

Cette réponse déconcerta franchement frère Marcus, qui ne s’attendait pas du tout à ce que sa suggestion fût acceptée si facilement. Il crut d’abord à une plaisanterie, mais l’air sérieux du gentilhomme l’assura du contraire.

“Mais, monsieur ... reprit-il. Je ne pensais pas du tout le faire. Souvenez-vous que j’ai promis de veiller sur vous ...

-Justement, tu seras plus à même de veiller sur moi vivant qu’en mourant dans cette bataille. Pars avec le canot et je te rejoindrai dès que possible.” La détermination de Gabriel arrêta complètement Marcus, qui se contenta de hocher la tête et de suivre le capitaine vers le canot. Le moine, en partant, se retourna vers son compagnon de voyage et lui souhaita silencieusement bonne chance.

“Je vais déposer mon habit et prendre mes armes” déclara calmement Gabriel Vandevaal. Avec l’aide des marins de la Goede Charlotte, frère Marcus descendit lentement une échelle de corde et s’embarqua dans le canot. Hésitant, il saisit les rames et commença à souquer en direction de l’île. Tout en s’éloignant du galion, il chercha du regard son compagnon de voyage et se récita toutes les prières qu’il connaissait pour que le gentilhomme sorte vivant de la bataille.

Il aperçut des formes monter sur le pont du navire et comprit que les pirates venaient d’aborder la Goede Charlotte. Un frisson parcourut tout son corps et il lui fallut toute la volonté du monde pour se forcer à continuer de ramer et passer définitivement hors de portée des pirates.

L’île de Liberty fut alors visible derrière lui, et, se voyant tout près du but, il redoubla d’efforts et de vitesse, tandis que le galion diminuait de plus en plus à ses yeux. Alors que les côtes se rapprochaient de plus en plus, une lueur rouge attira son regard. Il comprit avec frayeur que la Goede Charlotte était en feu.

“Monsieur !...” cria-t-il malgré lui.

Le canot accosta sur une plage déserte, et frère Marcus s’en rendit à peine compte. La seule chose qu’il voyait était le galion ; même si celui-ci n’était plus qu’une forme minuscule à l’horizon, il voyait comme s’il était à deux mètres que le navire était en train de couler.

“Monsieur !... Non ...”

Il descendit du canot comme un somnambule et se retrouva, les jambes flageolantes, debout sur la plage. Il jeta un nouveau coup d’oeil au galion qui s’enfonçait dans l’océan, et retint un cri affolé. La Goede Charlotte venait de couler, avec à son bord Gabriel Vandevaal, son ancien camarade de jeu, son compagnon de voyage, qu’il était censé accompagner et protéger. Et lui, par lâcheté, avait fui la bataille où le gentilhomme venait de se faire tuer !

Et maintenant, il se retrouvait tout seul sur une île, sans appui, sans la moindre idée de l’endroit où il devait aller, et sans espoir de retour. Ses jambes se dérobèrent définitivement et il tomba à genoux dans le sable.

“Monsieur ... Pardonnez-moi, je suis un lâche ... Ah, pauvres de nous ... C’est à cause de moi que vous êtes mort ...

- "Qu’est-ce que tu racontes, Marcus ?” Le moine releva la tête. Face à lui se tenait Gabriel Vandevaal, dans l’eau jusqu’aux genoux, sans veste ni épée. Ses cheveux détachés étaient alourdis par l’eau salée et lui donnaient un air de revenant qui arracha un nouveau cri au malheureux moine.

“Arrête de crier, j’ai eu mon compte pour aujourd’hui.

-Mais ... vous n’êtes pas mort ?
-Comme tu vois. Je me suis lancé dans la bataille comme tout le monde, mais les pirates étaient beaucoup trop nombreux pour nous. Quand j’ai vu que tout était perdu et qu’ils allaient mettre le feu au navire, j’ai sauté à l’eau, et me voilà.”
Il marcha vers le rivage en essorant ses cheveux et sa chemise.
“Et nous voilà arrivés, reprit-il. Sans rien, mais nous sommes arrivés.

- Et maintenant ?... s’enquit Marcus en se relevant.
- Maintenant, nous n’avons qu’à faire ce que nous sommes venus faire ici : trouver Inge. Ce sera simplement plus difficile que prévu, mais nous y arriverons.
-Nous ne savons même pas où nous sommes. L’île de Liberty n’est pas petite.
- Nous allons trouver la base hollandaise d’Ulüngen. Là-bas, nous devrions obtenir quelques renseignements.” Gabriel fouilla dans sa chemise, mais frère Marcus vit son visage se décomposer et son mouvement s’arrêter.

“J’ai perdu mon médaillon ...” dit-il d’une voix blanche.

Le moine crut que la terre venait de s’arrêter de tourner, mais le gentilhomme reboutonna sa chemise en souriant.

“Je n’en ai plus besoin maintenant, dit-il. C’est même mieux ainsi. La prochaine fois que je la verrai, ce sera face à face. En route, frère Marcus !”

Inge Vandenlolo le 15 février 2006.
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Antonio Velasco

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MessageSujet: Re: Inge Vandenlolo - Le rivage de Liberty   Ven 2 Fév - 12:34

Marche dans la jungle

Douce fleur de marjolaine
Le printemps se lèvera
J’attendrai que tu reviennes
Et tout recommencera ...

Frère Marcus écoutait distraitement, assis au milieu des herbes. Il fut plusieurs fois tenté d’en arracher un brin et de les mâcher pour se détendre, mais il ne connaissait aucune de ces plantes exotiques et il craignait qu’elles fussent toxiques.
La voix de Gabriel Vandevaal s’éteignit et seul le bruit de l’eau demeura. Sans aucun doute, il pensait à Inge en chantant. Blonde comme la fleur de marjolaine de la chanson. Depuis leur arrivée mouvementée sur l’île de Liberty, il était plus que jamais déterminé à la retrouver, même s’il lui fallait parcourir l’île dans tous les sens pour cela.
“Et moi j’ai déjà les jambes en coton après cette aventure. Décidément, nous ne sommes pas faits du même bois tous les deux.”
Quelques craquements de branches le firent se retourner. C’était Gabriel, encore une fois trempé mais beaucoup plus détendu. Il venait de prendre un bain dans la première rivière venue pour se débarrasser du sel qui empoissait ses cheveux et ses vêtements. “Monsieur ... fit frère Marcus. Vous êtes trempé ...
- Je sécherai au soleil.
- Si nous le voyons, le soleil ! Cette jungle est tellement dense qu’il n’y a que quelques rayons qui passent entre les feuilles.” Gabriel leva les yeux vers le ciel et acquiesça silencieusement.
“Quand nous en serons sortis, de cette jungle, nous devrions trouver Ulüngen et prendre un peu de repos. Et nous pourrons alors nous renseigner sur Inge.
- Vous croyez que quelqu’un sait où elle est ?
- J’en suis sûr. Une femme comme elle n’a pas pu passer inaperçue. Nous trouverons forcément des gens qui savent où elle se trouve.
- Espérons-le. Dominus nobiscum.
- Amen.” C’était la réponse ordinaire de Gabriel quand il entendait du latin. Marcus devinait que dans son enfance, son maître n’avait pas dû être très assidu au catéchisme. Mais pour l’heure, l’esprit du moine était occupé par un autre souci.
“Et cette fameuse ville d’Ulüngen, comment allons-nous la trouver ?”
Gabriel ne semblait pas préoccupé par ce problème.
“C’est une île. Toutes les villes importantes doivent être des ports. Nous n’avons qu’à longer la côte.”
Il jeta en même temps un regard vers la côte en question. Entre les branches, on distinguait la plage et la barque où Marcus venait d’accoster, ainsi que leurs traces de pas à tous les deux.
“Allons-y, fit-il, le plus tôt sera le mieux.”
Il serra le coutelas à sa ceinture, la seule arme qu’il avait pu conserver lors du naufrage, suivi prudemment par frère Marcus.
La jungle était dense, de longues feuilles de palmier et des lianes pendantes se mettaient continuellement sur la route des deux voyageurs. Ceux-ci se forcèrent à ne pas perdre de vue la côte, sachant que si par malheur c’était le cas, ils risquaient de se perdre définitivement dans cette jungle.
Alors qu’ils marchaient depuis un peu plus d’une heure, un craquement de branches les mit en alerte. Gabriel tira son coutelas de sa ceinture tandis que Marcus reculait d’un pas.
“Qui va là ?” clama le jeune gentilhomme.
Personne ne répondit.
“Monsieur, hasarda frère Marcus, nous ferions peut-être mieux de nous éloigner de cet endroit !...
- Attends, je crois que ...”
Il n’eut pas le temps de terminer sa phrase. Un individu venait de surgir devant lui. Un “individu”, oui, c’était bien le mot. Le nouvel arrivant portait des vêtements sales, il avait les cheveux et la barbe hirsutes et son haleine empestait l’alcool.
“Votre or !” ordonna-t-il en pointant son sabre vers Gabriel.
Frère Marcus s’agenouilla en joignant les mains.
“Nous n’avons pas d’or, monsieur ! Pitié, laissez-nous !”
L’homme se retourna vers le moine, qui constata avec horreur que l’un de ses yeux était en verre, et fendu.
“Pas d’or ? Des voyageurs sans or, c’est bien ma veine !”
Son regard se promena entre Marcus et Gabriel.
“Et puis zut ! cria-t-il en crachant à terre. Vous allez venir avec moi et je vais vous vendre au bordel de Port-Louis. Ils vont me payer cher pour le jouvenceau, et peut-être me donner quelques pièces pour le moine ...”
À ces mots, Gabriel s’avança à la vitesse de l’éclair et visa de son coutelas le bras de l’aventurier.
“Il suffit, monsieur. Vos insultes ont assez duré. Sachez que je suis le comte Gabriel Vandevaal !”
Le bandit cracha de nouveau à terre.
“Je m’en fiche de ton nom, l’ami, il ne m’intéresserait que s’il était parmi ceux qui rapportent une prime. Et si tu crois que ton coup de griffe peut me faire mal ...”
Il empoigna son sabre et visa Gabriel, mais celui-ci détourna le coup d’un mouvement brusque et planta son coutelas dans le ventre de son adversaire.
“Arrrrgh, rugit ce dernier, sale fils de pute !...
- Je crois que c’est plutôt à vous que ce genre de terme s’applique, répondit Gabriel. Vous vous battez pour l’argent, tandis que moi, je me bats pour l’honneur. Et pour l’amour.
- On se bat toujours pour ce qu’on n’a pas ...”
D’un seul geste, Gabriel renvoya ses paroles et la lame de son coutelas dans la gorge de l’homme. Frère Marcus contempla la scène, horrifié, et se signa.
“Je l’ai tué, déclara Gabriel en remarquant le geste, mais Dieu m’est témoin que ce n’était pas par désir de tuer ...
- J’ai vu monsieur ... Quelle est cette île de sauvages ... enfin, ego te absolvo.
- Amen.”
Gabriel se baissa pour ramasser le sabre du mort. Il n’était pas en très bon état, mais cela valait toujours mieux qu’un simple coutelas. Le jeune gentilhomme passa le sabre à sa ceinture, constata son mauvais état et regretta sa fine épée hollandaise qu’il avait perdue pendant l’abordage de la Goede Charlotte.
“Remettons-nous en route, dit-il.
- Pour tomber encore sur un de ces malandrins ? fit frère Marcus, horrifié.
- Nous n’avons pas le choix. Et si l’un d’entre eux se présente, il subira le même sort que le premier.”
À ces mots, frère Marcus fit un nouveau signe de croix nerveux, avant de suivre Gabriel qui s’était remis à avancer à grands pas, sans perdre de vue la côte.
Il leur fallut encore un certain temps de marche avant que quelque chose de remarquable ne leur arrive. Cette fois, ce fut frère Marcus qui remarqua cette chose le premier.
“Monsieur !... Je vois des bâtiments !
- Où ?
- Juste ici ! Il y a un clocher, on dirait !... C’est un lieu chrétien ... Nous sommes sauvés, monsieur !”
Ils marchèrent rapidement vers les bâtiments et découvrirent un petit monastère. Un jardin s’étendait dans la clairière et deux moines y cultivaient quelque chose qui ressemblait à du houblon.
“Loué soit le Seigneur ! fit frère Marcus ! Deo gratias !”
Cherchant du regard quelqu’un à qui s’adresser, Gabriel ne pensa même pas à faire sa réponse habituelle. Enfin son regard fut attiré par un grand moine qui semblait méditer devant le cloître.
“Bonjour à vous, fit le jeune comte en s’adressant au moine. Puis-je vous demander quel est cet endroit ?”
Le moine releva les yeux vers lui. Il avait un visage dur, buriné par le soleil, et une grande mâchoire où l’on voyait un bon nombre de dents cariées.
“C’est le monastère Saint-James, mon fils. Je suis le père Jack, et c’est moi qui dirige ce couvent. Que puis-je faire pour vous ?
- Nous cherchons juste un peu de repos, mon père. Et aussi le chemin pour se rendre à Ulüngen.”
Le père Jack secoua la tête.
“Vous venez d’arriver, n’est-ce pas ?
- C’est vrai.
- Et votre arrivée a été mouvementée ?
- Je crois que je ne peux rien vous cacher, mon père.
- Je m’en doutais. Si vous étiez arrivé sans encombre, vous seriez à Ulüngen en ce moment même, car c’est là qu’accostent tous les bateaux hollandais. Sachez que la ville se trouve plus au sud, et qu’en longeant la côte vous ne pouvez pas la rater.”
À ces mots, Gabriel se retourna vers frère Marcus et lui jeta un regard qui signifiait “Je l’avais bien dit.”
Le père Jack continua. “Voilà pour votre seconde question. Quant à la première, notre monastère se fait un devoir de recevoir tout visiteur qui nous demande asile, je vais donc vous indiquer une chambre où vous pourrez vous reposer.”
Il se leva et fit signe aux deux hommes de le suivre à l’intérieur du couvent. Frère Marcus arriva à la hauteur du père et lui demanda :
“Ce monastère en pleine jungle ... N’êtes-vous pas attaqués par des brigands de temps en temps ?
- Souvent, vous voulez dire. Mais les moines de Saint-James sont loin d’être des enfants de choeur. Beaucoup d’entre nous étaient autrefois des aventuriers, parfois même des pirates ...”
Gabriel et Marcus reculèrent ensemble d’un pas en entendant ces mots. “Mais nous avons tous fait pénitence de nos anciens péchés pour suivre la voie de Dieu, reprit le père Jack. Croyez-moi, vous êtes aussi en sécurité chez nous que dans la maison du Christ lui-même.” Ils montèrent à l’étage du monastère, qui était un bâtiment sombre et humide, et leur montra deux chambres.
“Nous dînerons dans une heure, annonça-t-il. Si vous avez besoin de boire, vous pouvez aller à notre brasserie. Nous y préparons de la bière d’abbaye comme en Hollande. Bien entendu, le climat local lui donne un goût un peu différent ...”
Il s’éloigna des chambres et repartit à ses affaires dans le monastère, laissant les deux hommes seuls.
Marcus fronça le nez.
“Cet endroit est la honte des maisons de Dieu, grommela-t-il en hésitant à s’asseoir sur son matelas.
- Tu préfères dormir dehors et te faire trancher la gorge pendant ton sommeil ?
- Et qui me dit que ce ne sera pas le cas ici ? Vous avez vu la tête des moines que nous avons croisé ?
- Nous ne sommes pas dans les grandes villes de Hollande. Les moines d’ici sont en accord avec le climat local : rude et sauvage.”
En disant ces mots, il sembla avoir un mouvement d’hésitation, et se laissa tomber sur son matelas, ignorant les puces qui devaient l’infester.
“Monsieur ... Vous pensez à elle ?... À Inge ...”
Gabriel acquiesça silencieusement.
“Qui sait ce qui a pu lui arriver sur cette île ...
- Dieu seul le sait, monsieur. Prions pour elle.”
Même s’il était loin d’être un bon chrétien, Gabriel imita frère Marcus qui venait de s’agenouiller et d’entamer une prière. Ses pensées étaient toutes tournées vers Inge.
“Demain, dit-il quand Marcus se releva, nous serons à Ulüngen, si tout se passe bien. Là, nous saurons ce qui lui est arrivé. Fasse le Ciel qu’elle soit encore en vie et en bonne santé ...
- Puisse Dieu vous entendre, monsieur. Même si ce monastère ne me dit rien qui vaille, c’est peut-être encore le meilleur endroit où il pourrait vous entendre.”

Inge Vandenlolo le 07 mars 2006.


Dernière édition par le Ven 2 Fév - 12:34, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Inge Vandenlolo - Le rivage de Liberty   Ven 2 Fév - 12:34

Les portes d'Ulüngen


Gabriel Vandevaal et frère Marcus quittèrent le monastère dès le lendemain matin, au grand soulagement du moine. Le père Jack compléta leur équipement par une outre de bière et quelques pièces d’or.
“J’aurais fait plus pour vous si je le pouvais, dit-il", mais notre couvent n’est pas riche.
- Vous en avez déjà fait beaucoup pour nous, le rassura Gabriel.
- Prenez droit au sud en sortant du monastère, et vous arriverez à Ulüngen en sortant de la jungle. Que Dieu vous aie en Sa sainte garde.
- Amen.”
Les deux compères passèrent les grilles du couvent et se retrouvèrent de nouveau dans la jungle. Avec l’accord tacite de frère Marcus, Gabriel marchait devant, attentif aux bruits environnants et prêt à dégainer son sabre.
Il se retourna brusquement en sentant une main sur son épaule.
“Monsieur ... fit Marcus affolé. Ce n’est que moi !...
- Et qu’est-ce qui te prend de me faire peur comme ça ?
- Pardon, monsieur, mais il faut qu’on s’arrête ... Je dois ...”
Il n’acheva pas sa phrase, mais ses mimiques firent comprendre au jeune gentilhomme de quoi il s’agissait.
“Toi, tu as abusé de la bière d’abbaye avant de partir, non ? Dépêche-toi, je sens que le coin n’est pas sûr.”
Franchement embarrassé, Marcus se dirigea rapidement vers un arbre, quand soudain, il se retrouva le nez à terre.
“Marcus, ça va ?... Tu ne peux plus marcher, maintenant ?
- J’ai trébuché sur une racine, monsieur !”
Gabriel jeta un coup d’oeil au sol. “Elle a une drôle de forme, ta racine ...”
Frère Marcus se releva et regarda également : en effet, sa racine ressemblait à ... un coin de coffre !
“Qu’est-ce que c’est que ça ?”
Gabriel se mit à gratter la terre avec ses mains pour tenter de dégager le fameux coffre, vite imité par Marcus.
“Attends ...” Le gentilhomme se releva, saisit une écorce de palmier et, à l’aide de cette pelle improvisée, se remit à creuser de plus belle. Voyant que la méthode semblait plus efficace et moins douloureuse, le moine en fit autant.
“Mais qui a bien pu enterrer un coffre ici ? demanda Marcus.
- Je l’ignore, mais si ce coffre contient quelque chose de valeur, cela nous sera très utile.
- Mais monsieur ... ce n’est pas du vol ?
- Celui qui a enterré ce coffre dans ce coin perdu ne devait pas tellement en avoir besoin. Et tiens : quoi que nous y trouvions, je te charge de t’assurer que ça ne sera que pour de bonnes actions.”
Frère Marcus voulut protester, mais il dut se rendre à l’évidence : leurs possessions n’étaient pas énormes, et tout ce qu’ils pourraient trouver leur serait utile. Il décida donc de reprendre sa tâche, tout en murmurant quelques prières et en espérant que ce nouveau péché leur serait pardonné.
Enfin le couvercle du coffre fut dégagé, et Gabriel abandonna son écorce de palmier pour tenter de l’ouvrir. Marcus se pencha vers le coffre, et recula vivement quand le couvercle céda.
“Seigneur !... Des ossements ! Monsieur, nous avons commis un sacrilège !”
Ignorant la remarque, Gabriel plongea son bras dans le coffre à la grande horreur du moine, et en retira une bourse de cuir et un rubis gros comme le poing.
“Monsieur, nous profanons une sépulture ...
- Je crois que celui qui a mis ce malheureux dans ce coffre mal enterré est plus à blâmer que nous. Remettons-le convenablement en terre et fais une prière pour son âme.”
Sur ces mots, Gabriel referma le couvercle et commença à recouvrir à nouveau le coffre de terre. Marcus, de son côté, ramassa deux branches et les attacha tant bien que mal avec des lianes, avant de planter cette croix improvisée dans la terre et de réciter quelques prières pour le mort inconnu.
“In nomine Patri et Filii et Spiritus Sancti, conclut-il.
- Amen.”
Ils jetèrent un dernier regard sur la tombe qu’ils avaient édifiée.
“Puisse-t-il reposer en paix, fit Gabriel en attachant la bourse à sa ceinture. Allons, en route, Marcus.”
Ils reprirent leur chemin en redoublant de prudence et finirent par atteindre l’orée de la jungle. Conscients d’être proches de leur but, ils pressèrent le pas.
“Si les indications du père Jack sont exactes, dit Gabriel, nous serons vite à Ulüngen.
- Nos ennuis sont terminés, monsieur.
- Ils le seront définitivement quand j’aurai retrouvé Inge. Mais ...
- Mais quoi ?”
Gabriel regarda ses vêtements. “J’aimerais être un peu plus présentable. Inge est une demoiselle, et moi je suis aussi mal fagoté que ce baroudeur que nous avons affronté hier ...”
Des bruits de sabots et une voix l’interrompirent. “Marchand de vêtements ! Marchand de bandages ! Marchand d’armes ! Tout l’équipement qu’il vous faut !” Ils se tournèrent dans la direction d’où venaient ces bruits, et découvrirent que les sabots étaient ceux d’une mule lourdement chargée d’objets divers, et que la voix était celle d’un jeune homme richement habillé, dont les joues rouges trahissaient un goût certain pour l’alcool. “Bonjour, messieurs. Je suis Mérildas Houtsteen, commerçant itinérant. Que puis-je pour votre service ?
- Je désirerais ... Tout d’abord des vêtements plus élégants que ceux-ci ...”
Mérildas le considéra un instant. “Cela ne va pas être difficile. Voyons cela ... Ah, j’ai des chemises en soie du meilleur goût, faites par des tailleurs de la colonie française. Et cette superbe veste est du plus bel effet chez nos compatriotes. Qu’en dites-vous ?
- Cela me semble de l’excellente qualité ...
- Je ne vends que le meilleur ! Et que dites-vous de ces bracelets dorés ? Ils donnent de la prestance en quelques instants ! J’ai aussi des bottes venues tout droit du Portugal, aussi confortables qu’élégantes ...”
Gabriel secoua la tête, comme pour se dépêtrer du bavardage du marchand. “Attendez une seconde, je ne suis même pas sûr de pouvoir payer tout ça ...
- Oh, vous savez, je suis prêt à vous faire des prix exceptionnels. Je m’embarque sous peu pour la Hollande, je ne peux pas emporter tout ça avec moi, et encore moins la mule ... Je suis prêt à vous donner des objets pour rien si vous me le demandez.
- N’en faites rien. Je suis gentilhomme et je mets un point d’honneur à toujours régler ce que je dois. De plus, j’ai juré de ne pas employer mes biens à des fins malhonnêtes.
- Et à combien se montent vos biens ?”
Il exhiba la bourse et le rubis sous le regard admiratif de Mérildas.
“Mais c’est un gros rubis que vous avez là ! En voilà un qui a de la valeur, et qui peut se revendre cher sur les marchés ! Quant à votre bourse, elle m’a l’air bien garnie ...”
Il frappa dans ses mains.
“On est d’accord, alors ? Pour cela, je vous donne donc une chemise, une veste, le pantalon qui va avec et les bracelets ! Et en prime, un bandage au cas où vous en auriez besoin ! Et croyez-moi, ici on en a tous besoin un jour ou l’autre ...
- Merci, mais ...
- Attendez, je vous en donne un petit en plus, parce qu’on n’est jamais trop prudent. Vous voulez quelque chose d’autre ? J’ai quelques roses encore ...
- Des roses ! C’est une idée ... Je vous en prendrais bien, mais ...
- Pas de scrupules, je vous les offre parce que vous m’avez l’air sympathique. Rouges ou noires ?
- Euh, rouges ...”
Gabriel se retrouva soudain les bras chargés de vêtements et de roses.
“Et voilà, monsieur ! C’est un plaisir de faire des affaires avec vous. Bon, je me trouve encore quelques acheteurs et je prends le prochain bateau en partance pour la Hollande, moi !...”
Mérildas reprit les rènes de sa mule et s’éloigna. “Marchand de vêtements ! Marchand de bandages !...”
Frère Marcus, qui n’avait rien dit depuis l’arrivée de Mérildas, osa quelques mots. “Eh bien, on peut dire que c’est un commerçant qui ne fait pas les choses à moitié ...
- Le commerce n’est pas un péché, j’espère. Eh, mais ... Qu’est-ce qu’on aperçoit derrière ce rocher ?
- De la fumée, monsieur ! Des toits ! Je crois bien que c’est Ulüngen, cette fois !”
Aux portes d’Ulüngen, plusieurs passants se retournèrent en voyant entrer le petit moine roux et le jeune homme fier et élégamment vêtu.
“Quel est l’endroit le plus fréquenté de cette ville ? demanda Gabriel à l’un d’entre eux.
- Allez voir à l’Auberge de la Hollande, monsieur. On y fait des rencontres. Toutes sortes de rencontres ...”
Grâce aux indications de l’homme, et parce qu’Ulüngen n’était pas une très grande ville, ils n’eurent pas de mal à trouver la fameuse auberge. Une fois arrivés à l’intérieur, ils furent cependant déçus. Seules quelques personnes étaient attablées, mangeant une brochette de porc ou buvant un verre. Il n’y avait aucune trace d’Inge.
En lieu et place de sa fiancée, une rousse très fardée et au décolleté très plongeant aborda Gabriel. “Tu cherches une femme, mon lapin ?...
- Je cherche une femme, oui, et elle s’appelle Inge.
- Inge ? Désolée, on n’a pas de ça ici. Par contre, on a Isis, une belle fille qui donnera un avant-goût du paradis à un beau garçon comme toi.”
Gabriel recula.
“Vous vous méprenez sur mes intentions, madame ...
- Madame ?... C’est le jour des mondanités ? Appelle-moi Karen, comme tout le monde ! Et c’est quoi alors, tes intentions ?
- Je ne cherche pas une fille facile.
- Quoi, tu préfères une fille difficile ? Ça, c’est la meilleure de l’année !
- Vous dépassez les bornes, madame. En parlant ainsi, vous insultez Inge Vandenlolo, qui est une noble dame de Hollande ...
- Qui parle d’Inge Vandenlolo ici ?
Interpellé par cette nouvelle voix, Gabriel délaissa Karen pour se tourner vers le nouveau venu, qui arborait un grand chapeau et une fine moustache.
“Vous connaissez Inge Vandenlolo ?
- Je l’ai croisée il y a quelque temps. Elle est partie s’aventurer dans les villages sauvages de l’ouest, je crois. En cherchant là-bas, vous avez une chance de la retrouver. Ou alors, vous l’attendez ici, elle revient toujours de temps en temps faire un tour à Ulüngen.”
Gabriel se retourna vers frère Marcus.
“Qu’en penses-tu ?
- Moi, je serais d’accord pour l’attendre si elle revient toujours ici ...
- Je ne me sens pas capable d’attendre, moi. Elle est ici, à ma portée, et je brûle d’impatience. Nous allons partir explorer ces fameux villages sauvages de l’ouest.
Il fit signe à frère Marcus de le suivre. Celui-ci s’exécuta en marmonnant : “J’étais sûr qu’il allait répondre cela ... Miséricorde ...
Inge Vandenlolo le 10 avril 2006.
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