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 La nuit où tout a basculé

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Elisabeth Bennet

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Nombre de messages : 3
Date d'inscription : 01/02/2007

MessageSujet: La nuit où tout a basculé   Jeu 1 Fév - 23:47

Previously on "Lizzie looking for love" :
Cf sujet "Quatre hommes pour une vie"

Assise sur une marche branlante d'un escalier venteux d'une vieille épave, Claire rêvait.
Présent, passé et futur se mélangeaient dans son esprit alors que des images de ses multitudes de vie lui revenaient en mémoire. L'amour que poursuivait Lizzie. Trop de douleurs sourdes, trop de malheur que cette simple quête avaient amenés sur elle.
Claire souriait. Tant de souvenirs. Une époque révolue. La recherche de l'amour, c'était du passé, le bonheur c'était de vivre au jour le jour, le sourire des blessés qu'elle aidait, la joie des jeunes Hollandais à qui elle indiquait le chemin de l'ami René...
Mais elle était suffisamment Lizzie pour savoir que ces souvenirs et ces sentiments la suivraient toute sa vie. Qu'elle le veuille ou non.


Dernière édition par le Mer 19 Déc - 23:38, édité 1 fois
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Elisabeth Bennet

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Date d'inscription : 01/02/2007

MessageSujet: Re: La nuit où tout a basculé   Jeu 1 Fév - 23:51

Dong... Dong... Dong... Dong... Dong... Dong... Dong... Dong... Dong... Dong... Dong... Dong...
Les douze coups de minuit résonnaient clairement dans Londres endormi. Les tavernes, si bruyantes durant la journée, étaient fermées depuis peu et l'agitation frénétique des ruelles anglaises n'était plus qu'un vague souvenir attendant patiemment l'heure de redevenir réalité. Une jeune femme se déplaçait rapidement le long de la suite monotone de maisons bien rangées et fortement semblables qui caractérisaient ce riche quartier londonien. Ses habits n'étaient pas ceux d'une habitante de ce voisinage: quoique d'excellente facture, ils évoquaient plus une famille campagnarde aisée qu'une appartenance à la bourgeoisie citadine. Son port n'était pas non plus celui d'une Lady, elle marchait trop vite pour avoir l'air distinguée – il était cependant vrai que personne n'avait loisir de l'observer. Elle soulevait à peine le bas de ses robes qui traînant sur les pavés des trottoirs de la capitale s'accrochait fréquemment à des pierres, l'obligeant à s'arrêter quelques instants en pestant. Ses cheveux étaient en désordre, sans chignon pour les retenir de voler en tous sens dans son dos, et elle portait aussi un objet long et fin qui frappait parfois le sol lorsqu'elle semblait en avoir assez de le tenir à deux mains. Elle s'arrêta finalement devant une maison qu'elle contempla pendant de longs instants, vérifiant à plusieurs reprises le numéro, hésitant peut-être à accomplir ce qu'elle était venue faire. Puis elle s'avança sur le seuil et frappa.

Quelques secondes, quelques minutes s'écoulèrent avant que la porte ne s'ouvre, cédant la place à un homme d'une vingtaine d'année, d'une taille moyenne, les cheveux blonds comme les blés, un air juvénile légèrement atténué par des traits tirés par la fatigue ou le chagrin.


"Qui est-ce ?" commença-t-il. Puis il reconnut la visiteuse et sourit largement.

"Miss Elisabeth ! Quel bon vent vous amène à Londres à cette heure indue ?
- Mister Bingley... Je suis venue vous apporter un message de ma soeur."

Elle accompagna ces paroles d'un large mouvement de son bras, révélant l'objet qu'elle avait amené jusque là au prix de tant d'efforts. L'homme eut un recul instinctif à la vue du fusil et commença à reculer dans la maison en balbutiant, sans réussir à trouver ses mots. Ils entrèrent dans une pièce qui devait être le salon, d'une taille respectable pour une maison citadine.

"Miss Elisabeth."

Une nouvelle voix, un nouveau protagoniste. Un homme plus grand que le premier, brun, l'air grave et emprunté, d'une élégance parfaite, venait de se lever dans un coin du salon. Il ne semblait pas particulièrement surpris par la situation à laquelle il assistait, ou bien il faisait preuve d'un calme effrayant. La jeune femme se tourna vers lui et lui répondit d'un ton mêlé d'ironie, d'amertume et d'un sentiment indéfinissable.

"Mister Darcy. Vous êtes toujours là, semble-t-il."

L'homme ne s'étonna pas de cette réponse alambiquée, il ne demanda pas non plus pourquoi elle pointait un fusil sur son ami. Il attendit la suite. Le jeune homme blond semblait se remettre peu à peu du trop plein d'émotions que lui avait causé l'entrée théâtrale de la dénommée Elisabeth. S'asseyant dans un fauteuil sans cesser de la regarder, il retrouva suffisamment ses esprits pour poser une question cohérente, si bien que plusieurs sortirent de sa bouche en même temps.

"Qu'est-ce que cette chère Jane voulait me dire ? Et pourquoi elle n'est pas venue elle-même ? Et pourquoi ce fusil pointé vers moi ?"

Elisabeth resta silencieuse quelques instants. Elle sembla tout d'abord un peu décontenancée par la teneur des propos de l'homme assis en face d'elle, mais elle se reprit assez rapidement et une flamme passa dans ses yeux. Quand elle répondit, ce fut d'une voix forte et vibrante de haine.

"Jane voulait dire qu'elle vous aimait plus que tout. Elle n'est pas venue elle-même, parce qu'elle est morte. Morte. Morte à cause de vous, morte de chagrin, morte à cause du chagrin que vous lui avez causé en lui faisant croire à l'amour ! Et ce fusil est là parce que ce soir, vous allez la rejoindre dans la mort !"

L'onde de choc qui suivit cette déclaration eut un effet différent sur les deux hommes présents dans la pièce. Darcy resta debout, sans que ce qu'il ressentit ne change quoi que ce soit à son apparence. A peine se renfrogna-t-il encore plus. L'autre resta assis, mais surtout parce qu'il aurait été incapable de se lever. Pendant plusieurs secondes, ou plusieurs minutes, il fut impossible de savoir s'il était triste ou juste choqué, si c'était par la première partie du discours d'Elisabeth ou par la deuxième, car il resta sans bouger, la bouche grande ouverte. Ses yeux se remplirent finalement de larmes et il recommença à bredouiller des phrases incompréhensibles remplies de "Jane", "amour", "morte"... Etonnamment, il retrouva son calme au bout de seulement quelques minutes et il se leva, puis se tourna vers Darcy.

"C'est... c'est de ta faute ! C'est toi ! Jane... était l'amour de ma vie, et je... je l'ai... je l'ai perdu ! C'est toi ! C'est... c'est toi !"

Puis il parlait et moins il paraissait lucide. Il recommença à bredouiller en direction de Darcy, le regard de plus en plus haineux, les mouvements de moins en moins coordonnés.

"Charles. Arrêtez."

Darcy était resté d'un calme impressionnant, tel une statue grecque il dominait le pauvre Charles enfermé dans son chagrin. La voix de son ami dut paraître insupportable aux oreilles du malheureux car il hurla et se jeta sur lui, tentant de le frapper malgré la différence de taille et le fait qu'il ne tenait quasiment plus debout. Darcy se contenta au début d'empêcher qu'il se fasse mal, mais plus il le retenait, plus l'autre se débattait et devenait incontrôlable. Il le repoussa alors violemment, mais sans méchanceté, et Charles tomba au sol, où il continua à mêler bégaiements désespérés et pleurs, indifférent au monde l'entourant. Le silence, ou presque, reprit ses droits.

"Serait-ce de votre faute, alors, si ma soeur est morte ?"

La voix d'Elisabeth était d'une froideur indescriptible. Son fusil était désormais braqué sur Darcy, et elle le regardait avec fureur. En sombrant dans la folie, Charles s'était mis hors de portée de sa main vengeresse et elle cherchait désespérément un autre coupable. Darcy s'esquiva cependant pas la question.

"J'ai conseillé à Charles d'abandonner cette idée de mariage, oui.
- Mais pourquoi ? Pourquoi avez-vous fait cela !?
- A les voir tous les deux, j'ai trouvé son amour à lui plus fort.
- C'est parce que ma soeur était timide ! Elle ne révélait pas facilement ses sentiments, même à moi !"

Le silence écarta à nouveau les deux adversaires.

"Le comportement de votre mère, de vos jeunes soeurs et parfois de votre père ont également pesé lourd dans la balance. J'en suis désolé, car je pensais sincèrement agir pour le bien d'un ami.
- Désolé ? Ma soeur est morte, vous avez brisé la vie de votre ami, et vous êtes désolé ?"

Troisième temps-mort. Le silence, toujours. Darcy semblait quelque peu hésiter. Il brûlait visiblement d'envie de parler, de se justifier, de se défendre, mais à quoi bon, désormais...

"Parce que vous croyez que je n'en suis pas conscient ? Vous croyez que je suis heureux d'avoir brisé la vie de Charles ? Vous croyez que je suis heureux d'avoir brisé la mienne ?
- Votre vie ? N'essayez pas de me faire croire que le remords vous ronge au point que vous songez au suicide, ça ne marchera pas."

Le ton d'Elisabeth était dur et ironique à la fois, frappant Darcy de plein fouet. Il hésita à nouveau, baissa légèrement les yeux, puis les releva aussitôt comme s'il ne voulait pas montrer son trouble.

"Ce qui est fait est fait, et je ne suis pas le genre d'hommes à passer des heures à me lamenter sur mes erreurs passées, quelles que soient leur gravité et leurs conséquences tragiques. Mais j'estime me connaître assez pour savoir que ma vie ne vaudra, à partir de cette funeste nuit, plus réellement la peine d'être vécue. J'ai lutté contre ce sentiment en vain, depuis plusieurs mois, mais je sais que je ne supporterai pas cela très longtemps, quoi qu'en pense ma famille, et que le combat que je mène s'amplifiera au fil des mois jusqu'à ma rapide et totale défaite.
- Je... je ne comprends pas.
- Je vous aime. Passionnément."

Le silence continua son rôle de juge de paix. Libéré par son aveu, Darcy regardait désormais fièrement devant lui, avec l'expression d'un homme qui sait qu'il a fait ce qu'il devait faire. Elisabeth, de son côté, était pour le moins abasourdie. Figée dans une expression à mi-chemin entre une colère absolue et le désarroi le plus total, elle semblait incapable de dire quoi que ce soit. Elle se reprit, pourtant.

"Je mesure le combat que vous menez, mais je ne regrette pas de vous faire souffrir. Si cette souffrance est la pénitence que Dieu vous inflige pour avoir causé tant de malheurs, le mieux que vous puissiez faire est de l'accepter."

Cette fois-ci, ce fut au tour de Darcy d'encaisser le coup. Il hésita à nouveau, s'y reprit à plusieurs fois pour répondre sans bégaier, avec une colère nouvelle.

"C'est donc l'opinion que vous avez de moi !? Qu'ai-je fait sinon tenter d'aider un ami, qu'auriez-vous fait si votre soeur s'était entichée d'un homme que vous auriez cru indifférent ?
- Comment pouvez-vous prononcer le nom de ma soeur ! Je...
- M'attaquer, m'insulter, m'enfoncer plus bas que terre, c'est le meilleur moyen que vous avez trouvé pour ne pas vous pencher sur vos propres insuffisances, pour ne pas vous remettre en cause, vous et votre insupportable orgueil !
- Mon orgueil ! Mais..."

Emporté par son élan verbal, Darcy avança de deux pas en direction d'Elisabeth. Toujours vociférant, les deux protagonistes se retrouvèrent à quelques pas l'un de l'autre.

"N'avancez pas !
- Et vous, lâchez ce fusil !
- N'avancez pas, j'ai dit !"

Un coup de feu. Darcy et Elisabeth, toujours face à face, comme si la fumée s'échappant du fusil de la jeune femme n'était pas vraiment là. Puis Darcy s'effondra, face contre terre, les yeux rivés jusqu'à la dernière seconde sur Elisabeth.

" Le premier son amour loin de lui repoussait,
Et causa tant de peine que sa fin triste fut,
Jamais avant cette nuit je ne l'avais aimé,
A présent j'avouerais que je ne le hais plus. "

(HRP) Librement/largement, comme d'habitude, inspiré/adapté de Jane Austen...
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